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Journal
de Québec;
rubrique " Vélo ", page 69, 3 juillet 2002.
Virage
à droite au feu rouge
Des craintes justifiées pour les cyclistes ? Par Stéphane Cadorette
Loin de déplaire aux automobilistes d'ici qui se sentent arriérés
par rapport au reste de l'Amérique du Nord, le projet de virage
à droite au feu rouge sème l'inquiétude auprès des organismes de
promotion du vélo.
Dans la grande région de Québec, c'est le groupe Promo-Vélo qui
mène le bal à ce chapitre en se faisant le porte-voix des " anti-virages
". Selon l'organisme, rien ne semble indiquer que le Québec peut
se permettre d'aller de l'avant dans ce dossier sans compromettre
la sécurité des cyclistes, notamment.
"
Au départ, quand cette idée a été lancée par l'ancien ministre Chevrette,
nous étions sceptiques, mais nous avons laissé la chance au coureur.
Cependant, le rapport paru au terme du projet pilote de l'été dernier
a confirmé nos doutes, surtout quand on a su qu'un premier rapport
plus sévère a été remplacé. Le virage à droite met en péril la sécurité
des cyclistes ", tranche Jocelyn Ouellet, membre du conseil d'administration
de Promo-Vélo.
Ses dires, qui peuvent paraître pour le moins surprenants, voire
exagérés aux yeux de plusieurs, proviennent de certains chiffres
tirés du rapport en question. En effet, le bilan qu'a dressé la
SAAQ à l'issue du projet pilote mené dans 26 municipalités montre
que le virage à droite est directement responsable de 23 blessures,
dont 11 chez les cyclistes.
En outre, ce même rapport signale que seulement 30% des automobilistes
auraient effectué le virage à droite au feu rouge conformément au
code de la sécurité routière pendant le projet pilote.
"
Ce n'est rien d'une psychose imaginaire, les chiffres nous donnent
raison sur toute la ligne. Rien au monde ne peut justifier ces accidents,
que le nombre soit bas ou élevé " lance M. Ouellet sans la moindre
équivoque.
Pétition
Jusqu'à présent, Promo-Vélo y est allé de diverses façons pour contrecarrer
ce projet avant qu'il sorte de l'œuf. Entre autres démarches, une
pétition électronique a été signée par près de 450 individus et
organismes de la province, dont Vélo-Québec, Mira, et plusieurs
organismes pour les handicapés.
Par ailleurs, des lettres de protestation ont été acheminées au
nouveau ministre des Transports, Serge Ménard, ainsi qu'au maire
de Québec, Jean-Paul L'Allier.
"
Dans les centres-villes comme Québec et Montréal, ce n'est déjà
pas très évident de circuler à vélo, alors imaginez avec une contrainte
supplémentaire. De plus en plus de gens utilisent le vélo comme
moyen de transport, mais là, on risque de les décourager ", justifie
M. Ouellet.
Arguments rejetés
La plupart des arguments en faveur du virage à droite au feu rouge
soulignent des économies d'essence et de temps, ainsi qu'une plus
grande fluidité dans la circulation. Selon les plus récentes estimations,
on parle d'une économie d'essence annuelle de 2,64 litres par voiture
et d'une économie de temps d'environ une minute par jour pour chaque
automobiliste.
Toujours selon Promo-Vélo, ces données ne justifient aucunement
l'adoption du virage à droite au feu rouge. " C'est évident que
bien des gens ne s'entendent pas avec nous la-dessus, mais à notre
sens, ce n'est pas ces minimes avantages qui doivent primer sur
la sécurité des cyclistes. On accroche pas une seconde sur ces arguments.
", lance M. Ouellet.
"
C'est bien beau de tenir compte des avantages économiques, mais
je pense pas que l'on considère tous les coûts sociaux que peuvent
engendrer les accidents occasionnés ", enchaîne-t-il dans le même
souffle.
Rappelons que depuis que Serge Ménard a pris la place de Guy Chevrette
à titre de ministre des Transports, le projet de virage à droite
a été laissé sur la glace pour au moins un an, histoire de réévaluer
les impacts positifs et négatifs pour les différentes parties en
cause.
Des projets pilotes devraient se poursuivrent d'ici janvier 2003.
Ce n'est que quelques mois plus tard que l'on saura qui aura gain
de cause : les cyclistes et autres groupes craintifs ou les automobilistes,
évidemment plus nombreux et pour la plupart favorables. À suivre…
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